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Pourquoi les victimes de fraude sont-elles blâmées ?

Il s'agit d'un résumé de Nataraj-Hansen, S. et Richards, K. (2022). Why do fraud victims get blamed? Lerner's Belief in a Just World and its application to victims of online fraud. Journal of Financial Crime, sous presse.


Que nous dit la littérature?


Les victimes de fraude en ligne subissent des impacts financiers, psychologiques, physiologiques, relationnels et émotionnels tout aussi importants que les victimes de crime dits traditionnels. Toutefois, les victimes de cyberfraude sont souvent plus blâmées pour leur victimisation. Les nombreuses études qui sont se sont penchées sur la victimisation aux cyberfraudes arrivent au même constat : les victimes de fraude en ligne sont universellement blâmées pour leur victimisation par leurs proches, par autrui, mais également par les instances policières et juridiques, et ce, lorsqu’elles ne se blâment pas elles-mêmes. Les victimes sont souvent considérées comme crédules et stupides et qu’elles méritent ce qui leur est arrivé en raison de leur cupidité et imprudence. De ce fait, les victimes de fraude en ligne, en tant que groupe, n’apparaissent pas comme des victimes idéales. Une victime idéale ne peut être considérée comme telle que si elle est vulnérable et passive, et donc non responsable de sa victimisation.


Que nous propose cette étude?


Cette étude s’intéresse à comprendre pourquoi les victimes de fraude en ligne sont blâmées pour leur victimisation. La réponse à cette question permettrait d’améliorer le signalement des victimes de cyberfraude.

Les auteures de l’article s’appuient sur la théorie de la croyance en un monde juste de Lerner qui, contrairement à la notion de victime idéale permettant de comprendre les victimes de cyberfraude, explore la question du pourquoi ces dernières sont blâmées.

La théorie de la croyance en un monde juste apporte une nouvelle compréhension au blâme auquel les victimes de fraude en ligne font face, ce qui permettrait d’améliorer les services d’aide et de soutien qui leur sont offerts.


La théorie de la croyance en un monde juste

La théorie de la croyance en un monde provient de la psychologie est a été proposé par Lerner en 1971. Lerner tentait de comprendre comment les individus expliquaient les injustices (victimisation, maladie, évènement traumatique, etc.) auxquelles ils, ou autrui, font face. Lerner en est venu à proposer que la croyance en monde juste représente un mécanisme de défense psychologique, qui nous amène à penser que, fondamentalement, le monde est juste et que de mauvaises choses n’arrivent qu’à ceux qui le méritent. Ce mécanisme de défense nous amène également à penser qu’aucune injustice ne peut nous arriver puisqu’elles ne se produisent qu’à ceux et celles qui le méritent.


Que retenir?


La part de responsabilité ou la perception de la responsabilité de la victime joue un rôle clé sur le blâme qui sera conféré à la victime. Dans le cas de la fraude en ligne, parce que dans bien des cas, la victime envoie sciemment de l’argent au fraudeur, il est plus facile de blâmer la victime pour sa propre victimisation.

En outre, si la victime reçoit une forme de compensation (financière) ou de reconnaissance (ex.: l'ouverture d'une enquête), influence fortement la perception de la responsabilité de la victime et donc le blâme qui lui est apposé. Étant donné que les victimes de fraude reçoivent peu de soutien ou de dédommagement financier, la théorie de la croyance en un monde juste explique pourquoi les victimes de fraude en ligne sont plus souvent blâmées pour leur victimisation.

Les auteures suggèrent, à travers des expérimentations futures, de se pencher sur le lien entre l'adhésion aux principes de la théorie et le fait de blâmer ou non les victimes.


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